1 oct. 2017

Adapter, ce n'est pas forcément travailler plus

Titre provocateur mais intentionnel...

Dans le cadre du rallye-liens de Dysmoizazou sur ce qu'on peut mettre en place pour les élèves dys, voici ma contribution.
 
Et tout d'abord, deux trois phrases d'explication au sujet de mon titre. Même dans l'ASH, j'ai entendu des horreurs sur les élèves DYS qui en font exprès, dont les parents ont trop bu, ou qui n'ont qu'à faire comme les autres... c'est bien entendu peu courant, mais du vécu hélas.
En vérité, pour ne pas avoir à travailler plus pour des élèves Dys, vu la quantité de travail nécessaire à un enseignement correct en général + la quantité de paperasse obligatoire autour, il faut juste poser les choses à plat, et réfléchir à ce qu'on met en place qui peut gêner un élève avec TSL. Et ne plus les faire. 
Ben oui, c'est aussi simple.
(pour des aménagements, n'hésitez pas à aller visiter le blog des Dysémoi, de Lala, et de beaucoup de cybercollègues... en cliquant sur le bouton de rallye de Dyszazou au-dessus)
Résumons en une courte liste, les aménagements "ordinaires" possibles pour tous et qui sont utiles aux dys.

Pour les documents : 
- utiliser une police adaptée aux TSL dans tous les documents. Cela ne gênera jamais les autres élèves. J'utilise Andika basic, mais il y en a plein d'autres : Open Dyslexic, Dyslexie, Lexia... si possible écrire en 14.

- aérer les documents, interligne 1,5 a minima,  et ne pas forcément faire de séparations par des traits verticaux ou horizontaux (j'ai eu une dysphasique qui ne les voyait carrément pas).
- apprendre à tous les élèves à utiliser le photocopieur pour agrandir (du A4 au A3 par exemple) : tout d'abord cela rentre dans le niveau 1 du  b2i et l'utilisation d'appareil technologique, et ensuite, cela permet de s'autoriser parfois à oublier d'agrandir le doc imprimé : il y aura toujours un volontaire pour le faire.

- faire un résumé en deux phrases maximum et en gras du contenu d'un texte,( s'il s'agit d'une leçon distribuée ainsi polycopiée, pas d'une lecture suivie). Cela servira à tous également. 

- ajouter des pictogrammes à l'occasion pour les consignes mais pas trop quand même. Cela sera utile à tous aussi, et évitera des questions de beaucoup d'élèves sur ce qu'il faut faire, questions qui viennent de tous les élèves.

- proposer des exercices différents à tous : choses à relier, dessiner, compléter... l'exercice mental alors demandé n'est pas utile qu'aux dys.

- laisser assez de place lorsqu'il faut répondre en rédigeant pour que des lignes soient sautées. Cela permet une meilleure correction par tout le monde, et pas seulement pour les élèves dys.

- taper tous les textes proposés aux élèves, cela permet de varier la présentation (interligne, taille de police, police, voire couleur) sans gros effort ensuite. S'il s'agit du livre de lecture suivie, de nombreux sites sur le net proposent des lectures enregistrées de nombreuses oeuvres. Pas inutile à conserver sur un lecteur ou l'ordi de la classe. Les élèves dys auront ainsi accès au contenu et à la compréhension, mais les autres élèves peuvent en avoir un usage du même ordre, notamment ceux en difficulté de lecture (déchiffrage) ou ceux plus lents qui ont besoin de plus de temps pour intégrer un texte.

- lors de téléchargement, notamment sur les blogs enseignants, oser parfois demander la version modifiable pour adapter ensuite.

- varier les documents proposés : faire appel aux cartes mentales profite à tous, par exemple.

Dans la classe :
- positionner les affichages avec toute la classe... c'est un moment de langage et négociation intéressant ^^

- organiser les tutorats avec toute la classe également : les autres élèves en demande ou besoin qui n'osent pas d'ordinaire signaler une difficulté même passagère, auront alors une occasion d'oser demander

- mettre l'élève DYS en position de tuteur également. Par exemple, à force d'utiliser le photocopieur pour agrandir les documents, il connait deux trois astuces de plus que les autres, et pourra ainsi être mis en valeur, en expliquant à son tour... et ce n'est pas l'enseignant qui enseignera, et devra expliquer à chacun. De toute façon, l'enfant à TSL est tout aussi intelligent qu'un autre, donc c'est lui donner une meilleure image de lui-même, alors qu'il a souvent des choses adaptées, donc visibles, ce qui ne le met pas toujours à l'aise dans un groupe classe.

- en début d'année, je demande toujours à chacun de me faire une fiche en listant ses points forts et ses points faibles (selon l'élève), en insistant sur les points forts et en aidant à la formulation "j'arrive bien à ..." "je m'en sors bien avec..." "je suis plutôt fort pour...", de la même façon je demande ce qu'ils aiment et n'aiment pas faire. Tout ceci est ensuite exploité dans la mise en oeuvre des tutorats par exemple, ou lorsqu'il faut un élève "fort" dans une discipline pour le travail de groupe, mais également pour proposer les exposés. L'intérêt pour les élèves dys est avant tout de les revaloriser dès la rentrée. Oui, on a tous des points forts, et on ne me rend pas la fiche tant que ce n'est pas noté dessus... évidemment en Segpa, la plupart des élèves se trouvent surtout des faiblesses... il est possible qu'en élémentaire, certains ne se trouvent que des points forts. Tous les élèves se rendent compte que chacun est différent mais également que chacun a des qualités !

- utiliser la relaxation et les brain breaks. c'est utile à tous

- préférer les approches multi-sensorielles, c'est payant pour tous les élèves

- travailler l'orthographe avec des approches multiples comme les cartes d'orthographe : les mots irréguliers ne sont pas forcément photographiés par les dys, et la mémoire de travail n'est pas toujours efficace. C'est le cas de beaucoup d'autres élèves hors dys.

- quand on met en place les ateliers de lecture en classe, un des composantes est très utile pour les dys : la lecture à deux. A l'enseignant de faire attention cependant que la paire d'élèves ne soit pas composée de deux élèves avec TSL. En effet, tandis qu'un élève déchiffre, l'autre suit ce qui est écrit, et ceci aide dans les deux sens un élève dys : soit il lit et l'autre peut le reprendre sur un mot mal déchiffré, soit l'autre lit, et l'élève dys intègre le déchiffrage de certains mots en les entendant lus par un pair.
- Dans la même optique, l'écoute d'histoires est très utile : penser cependant à avoir le texte écrit sur l'écran. 

- toujours dans le cadre de l'atelier lecture, l'élève est autorisé à relire des textes qu'il a aimé. Ceci aide l'élève avec dys à affiner sa compréhension et améliorer sa lecture déchiffrage.

- les stratégies de lecture enseignées en atelier lecture sont très utiles aux élèves dys. Du coup, lors de l'entretien individuel, on peut insister notamment sur celles qui permettent de retrouver où on a perdu le fil de l'histoire ou bien les stratégies pour se rappeler de ce qui s'est passé avant, etc. On liste les stratégies les plus utiles à ces élèves pour les mettre en avant lors du travail en groupe ou lors de l'entretien individuel.

- autoriser et même expliquer des techniques de mémorisation basées sur le rythme, le chant, la scansion pour la poésie certes, mais également pour épeler les mots qui posent problème, retenir les tables de multiplication, etc. Créer même avec la classe entière le rap ou le chant qui aidera à se rappeler.

- côté matériel pour aider, j'ai laissé tomber les sous-mains spéciaux, sans doute parce que je n'ai pas trouvé le bon dosage (trop d'infos, trop de couleurs ou de signes différents) et qu'il faut un sous-main quasiment différent par élève selon les besoins MAIS le matériel d'aide est toujours à dispo dans la classe : frises numériques enroulées dans une boite, tables de multiplications, alphabets en 4 casses (majuscules d'imprimerie, scripte, cursive et majuscule cursive), feuillets transparents de couleur pour mieux lire si besoin, caches (même usage), réglure Séyès agrandie format A3, tableaux de conjugaisons, lexiques type celui de Bruce Demaugé (à la place du dico, suite à une ou deux séances en début d'année pour apprendre à s'en servir et quelques rituels ensuite), beaucoup de feuilles de brouillon, boites de jetons, boites de lettres, fluo, etc. Tout ceci comme bon nombre de classe, mais le tout signalé par un codage fait avec les élèves (flèches, ou signes, ou panneaux + code couleur), et expliqué une fois établi à nouveau sur une petite fiche, elle-même à disposition au même endroit.
Certes il faut fabriquer et mettre à dispo ce matériel, mais il sert tous les ans, et à beaucoup d'élèves... une fois fait, c'est une part du boulot annuel qui disparaît (préparer des aides avec chaque notion).

- ritualiser un minimum le fonctionnement de la classe. Cela ne signifie pas forcément s'ennuyer, ni toujours faire la même chose. Mais bien que tout soit en adéquation : si on a l'habitude de faire tel rituel de telle façon, ne pas le changer sans prévenir et entrainer les élèves, si on demande toujours de copier de telle façon, ou de faire les exercices ou corriger de telle manière, même chose : les changements doivent être programmés, et explicités.

- montrer les réussites. Comme bon nombre d'élèves qui se retrouvent en difficulté, les réussites sont une évidence pour l'enseignant mais pas pour eux... 

(liste non exhaustive et encore en cours)
Le thème de cette petite liste était bien les adaptations pour les dys qui ne demandent pas de travail supplémentaire.
Pour toutes les autres et de superbes idées, il y a de nombreux participants à ce rallye qu'il faut aller lire. Oui, impérativement !! ;-)

Adapter ce n'est pas forcément travailler plus.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire