22 janv. 2017

La musique en Segpa

Suite à un échange de mail qui m'a fait me remettre en tête ce que je faisais et qui m'éclatait bien en musique avec mes Segpa, voici un p'tit article sur mon fonctionnement à l'époque avec mes zouzous d'un peu partout dans ma segpa au recrutement mi ZEP mi campagne.

1) Jouer d'un instrument

En début d'année, je commençais par leur demander de ramener un instrument de musique de chez eux, un instrument TOTALEMENT gratuit... et je leur montrais le mien, le sac plastique du supermarché, et comment faire du bruit d'une part, mais aussi de la musique avec (rythmes, sons différents... bon ce n'est pas un instrument très élaboré).

Mais on peut accompagner de grands artistes avec... si si !!



Si la vidéo ne fonctionne pas, voici le lien pour aller voir Nagui jouer du sac plastique pour accompagner Stephan Eicher dans un Taratata de 1993 : CLIC ou  http://mytaratata.com/taratata/35/stephan-eicher-hemmige-1993


En général, ce travail était fait, et à partir des instruments ramenés, on jouait ensemble. C'est là qu'arrivaient les premières consignes de direction de chant/orchestre : s'arrêter tous en même temps, commencer tous en même temps, plus fort, moins fort, etc. en se mettant d'accord sur les gestes (que je proposais, pour ne pas m'emmêler les pinceaux entre toutes les classes).
Certains instruments nous inspiraient et on en construisait d'autres (budget 0 euro dans cette segpa)... kazoo avec vieux tuyau de caoutchouc et morceau de sac plastique, tam tam boites de conserve, mais aussi des cistres fait avec des capsules cloutées sur un manche à balai, le même manche coupé pour faire des claves, etc. il y a désormais pléthore d'idées sur le net pour ça. On peut aussi tenter les flûtes à bec, mais je n'en ai jamais eu à dispo, et je ne sais pas si j'aurai su les faire jouer.
Donc à chaque séance,  on joue ensemble, puis au fur et à mesure des séances : coder pour pouvoir rejouer ce qui nous a plu, déterminer un codage, et découvrir les codages officiels (le solfège), les partitions (ce qu'elles ont en commun, les signes qu'on trouve dessus, ce qu'ils peuvent vouloir dire, etc.) et continuer de jouer, jusqu'à avoir des choses même courtes mêmes moches, qui se tiennent...

2) Rythmes

Côté chant, je commençais par les faire se présenter en chantant, au moins le nom et le prénom. Je commençais bien entendu... c'était un moment tendu, et difficile, mais j'ai rarement eu d'élèves refusant de le faire. En revanche, il m'est arrivé d'avoir un élève qui m'a rappé toute sa vie, bon, ça... ;-) mais au moins, c'était dans l'objectif de ma séance.

Je faisais aussi des séances de rythmes corporels/percussions corporelles, soit assis tous en rond sur des chaises, soit debout à côté de sa table : taper sur ta tête, ses mains, ses cuisses, une main après l'autre, ou les deux, etc.
Il y a toujours un élève volontaire pour proposer un rythme qu'on essaie de reproduire, puis de répéter plusieurs fois d'affilée. 
Le but est de leur apprendre à prendre un tempo, à s'écouter, à se regarder pour faire ensemble.
Comme disait un de mes profs de musique, la vie d'aujourd'hui n'est plus du tout rythmée à part par la musique que chacun écoute dans son coin... avant l'horloge de l'église rythmait la vie de chacun, et chacun vivait au même pas, dans un ensemble justement cadré par ces pulsations... bref.
Voici des exemples de ce dont je parle... mais on peut adapter et trouver plein d'autres gestes et simplifier aussi





3) Chanter

Même type de travail sur le chant : tester sa voix, ses capacités, reproduire des sons, monter, descendre... c'est amusant parce cette partie est toujours moins suivie que celle des rythmes. Les loulous sont moins à l'aise avec leur voix, ou de chanter devant les autres. 
S'ils étaient agités, je faisais en amont une looooooooongue partie respiration et travail du souffle, avec des exercices à mi-chemin entre la relaxation, le souffle et la respiration donc ^^ (et parfois quand les élèves sont très très énervés donc agaçants, ben... ça fait du bien à l'enseignant aussi).



J'introduisais très vite au moins une chanson, mais pas tant que ça dans l'année, parce que lorsque ça ne vient pas d'eux, la mémorisation est aussi difficile que pour une poésie. Des choses adaptées, au moins une ou deux chansons en rapport avec le programme (de français, d'HG, de musique, peu importe), un peu d'histoire de l'art autour si c'était possible, ou de civilisation.
Une trace écrite "mais oui on travaille aussi en musique", car tant que ce n'est pas écrit, j'ignore pourquoi, ce n'est pas un cours où ils travaillent, disent-ils souvent...
Pour l'étude des chansons, je variais les langues, les époques, les styles mais aussi la façon de faire: parfois on écoutait avant, parfois c'est moi qui  chantait avant (pas bien, ça les rassure, et j'aurai pas fait mieux de toute façon), parfois ils répétaient une cellule rythmique ou une courte mélodie qui ensuite devenait la chanson, parfois je commençais par le côté histoire de l'art ou civilisation (l'esclavage avant le jazz... par exemple), et parfois encore je leur jouais avant.

Résumons :
à chaque séance : travail du rythme, de la voix (chant) et travail d'une chanson au moins
le dernier gros morceau, c'était l'écoute musicale.

4) Ecoute musicale

Après quelques semaines, je commençais systématiquement par ça : ils s'installent, ils ont une feuille d'écoute à compléter qu'ils sortent, et je mets en route l'extrait du jour. Tout le monde est donc au travail très vite, et dans le silence...  mais bien entendu, on ne gagne pas ça le premier mois ^^




Là encore je variais beaucoup les extraits choisis... et si les loulous étaient excités, je pouvais faire trois extraits de suite (mais chaque extrait ne dépassant pas les 5 minutes).
J'avais la chance de travailler dans une ville où il y avait une médiathèque de très bon niveau, avec des cds de tous styles, genres, époques et origines géographiques.
Pour répondre aux programmes, je tentais de prendre en rapport avec ceux-ci, mais en piochant dans toutes les matières, et rien n'empêchait de faire écouter des choses très modernes, une fois entendu avec eux ce que c'est qu'écouter dans le cadre du cours, c'est-à-dire repérer les instruments, les voix, tout ce qu'on entend, le tempo, reconnaitre un style, une langue chantée, une origine, donner les familles d'instruments entendues, puis dans quel ordre les instruments apparaissent, etc. 

Là encore, certaines écoutes faisaient rire tout le monde, mais je me souviens d'élèves qui m'ont proposé ensuite des extraits de musique du pays de leur parent, et qui étaient très fiers que ce soit "admis" en classe. Je me souviens d'un élève aussi qui écoutait de la musique hongroise et qui a ensuite dit qu'il connaissait ce genre, parce qu'il était du voyage et que sa famille jouait comme ça... 
Sur l'année, ils écoutaient donc environ 30 à 50 extraits différents... de quoi se faire une culture musicale et savoir écouter et discriminer.
C'était le moment aussi pour introduire une chanson qu'on avait envie de leur faire chanter ;-)... si la sauce prenait, c'était simple ensuite de l'inclure dans le programme du jour.
Avec une de mes classes (mais je n'ai pas réussi avec toutes), j'avais mis en place l'élève de la semaine, qui avait le droit d'amener un morceau à partager avec les autres (sous réserve qu'il soit écoutable en classe, c'est-à-dire qu'il obéisse au règlement, donc pas des choses racistes/homophobes/xénophobes).

Enfin, je me précipitais sur toutes les occasions de les sortir dans des lieux où la musique vit... ils ont vu les Tambours chinois, par exemple, qui tournaient dans la région, et avec qui l'IA avait fait un projet pour les classes.
Mais surtout, on avait une SMAC bien développée dans la ville où j'étais, et j'ai pu travailler avec des artistes en résidence après que les élèves aient vu les concerts : Dionysos et Wax Tailor. C'est peu de dire que ce type de musique était plus de mon goût que du leur, mais ça a très bien marché.
L'année où j'ai eu ma mutation par surprise, je devais les emmener écouter une répétition d'orgue à la cathédrale, et j'attendais de savoir avec quel artiste on travaillerait.
Avec des classes plus récalcitrantes, j'ai aussi proposé aux collègues d'anglais de rechanter avec mes élèves les comptines/chansons faites en cours d'anglais.

Enfin, pour ce qui est du contenu culturel du programme (ils ont peut-être changé d'ailleurs), je choisissais mes écoutes musicales pour introduire par exemple un type d'instrument ou un style et une époque... En 4e, on regardait Le roi danse !, on étudiait le swing avec la seconde guerre mondiale, etc. En 5e, l'étude de trois continents était au programme de géo, donc je suivais ce que faisait le collègue en géo, et on écoutait différents styles et époques des continents étudiés.


Dernière astuce : j'ai lu "Osez la musique",  il est dans pas mal de médiathèque et c'est une mine !



Le témoignage de Saltimbocca en septembre 2015

Oh MERCI, justement, j'avais lu ton mémoire,  avec mes élèves de Vannes, j'ai en charge l'Education musicale cette année, et j'étais justement en train de me demander comment articuler une séance pour que ça soit rythmé et attrayant pour eux.... j'ai la chance de pouvoir utiliser un outil supplémentaire: les Ipads avec une appli très sympa "Garage Band" pour travailler la (re)découverte des instruments et leur famille....
J'espère, on verra, me rapprocher de la CHAM de l'établissement, mais l'approche peut parfois être délicate...Affaire à suivre.
MERCI beaucoup pour ton travail, et le temps que tu prends pour partager tes idées<3

et la même en janvier 2017 : Plus d'un an après.. Je suis fière d'avoir réussi à mener un projet qui a fini par aboutir par l'enregistrement d'un slam en studio et la réalisation d'un clip.. grâce au professeur de la CHAM qui avait accepté de nous accompagner dans ce projet...  https://www.youtube.com/watch?v=mjGw0L5r1II

N'hésitez pas à aller visionner !! Le travail réalisé est impressionnant ! Bravo 




















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