17 janv. 2018

5 raisons pour lesquelles j'enseigne le prédicat

Le prédicat, ce truc remis sur le tapis à la rentrée parmi d'autres pour faire du buzz autour de l'école... je l'enseigne dans mon CM2, et les élèves, le croirez-vous ? N'en sont pas encore morts !

Et voici mes 5 (bonnes?)  raisons de le faire...

1. c'est au programme.

Eh oui, tant que ce n'est pas retiré desdits programmes, et tant que j'ai un statut de fonctionnaire comme PE, c'est à suivre.
C'est une émanation de ma hiérarchie, avec injonction pour la mise en oeuvre, ce n'est pas à moi de juger si oui ou non dans la classe, je peux m'octroyer le droit de ne pas le faire.

J'en pense ce que je veux, c'est mon droit.
Je l'enseigne comme je le veux, c'est ma liberté pédagogique.

Pour le reste...  j'enseigne également à mes CM2 que la loi, on doit tous la suivre. Un gendarme de la BPDJ vient leur en parler également. On est sélectionnés pour notre circonscription électorale pour en écrire une dans le cadre du Parlement des Enfants.

MAIS je leur enseigne aussi que si on doit suivre les lois, que c'est notre devoir de citoyen, il arrive qu'une loi soit tellement injuste, que notre rôle de citoyen, ce soit de se battre contre elle, et non de la suivre.
Un exemple ? Dénoncer les enfants juifs pour les envoyer mourir en camp de la mort. Lorsqu'on étudie les guerres mondiales, les élèves comprennent vite ce qui est juste ou pas, et en quoi on peut se permettre de ne pas suivre la loi.
Un autre exemple ? Interdire d'échanger ses graines, comme les lobbyistes de Monsanto ont réussi à le faire voter partout comme illégal. Le Parlement des enfants cette année vise la protection de la biodiversité. Une telle loi, ça fait partie des choses qui se discutent, et fort.

Mais penser qu'on mène un vrai combat en ne suivant pas la loi, en refusant un prédicat... ben moi, ça me fait sourire.


2. dire qu'on a besoin du COD/COI/COS,  je n'ai encore pas compris. Alors pourquoi pas le prédicat.

Le prédicat est plus simple à repérer. Et plus logique au premier regard sur la phrase, avant qu'on approfondisse donc. On détaille dedans, verbe, complément du verbe, attribut.

A quoi ça sert de savoir ce qu'est un CO ?
Je veux dire, à part pour faire des études de grammaire ?
Une fois qu'on me l'a imposé au collège (cf point 5), ce CO, je n'en ai eu besoin qu'une autre fois dans ma vie : pour passer le concours PE.
Et on me dit "haaaaan on nivelle par le bas en retirant ce genre de notion des programmes".
Mouais. Faites un tour au point 5, et revenez ici.

Bon, qui peut me dire, très clairement, avec sincérité, et exemples à l'appui, à quoi peut me servir le complément d'objet ? (Sauf point 3, hein, argument non recevable).
et je sais très bien qu'on peut apprendre des choses inutiles... mais il y a toujours un intérêt. Le COD et ses copains, c'est inutile (en dehors d'études de grammaire et de sciences du langage hein), et je ne vois toujours pas leur intérêt, ni pour ma culture personnelle, ni pour le développement de mon esprit et sa structuration.

J'ai étudié plusieurs langues vivantes, et j'ai fait du latin.
J'ai toujours été plutôt bonne en français, puis en littérature au lycée, et dans les disserts de toutes sortes.
Je n'ai jamais eu besoin des compléments d'objets.

On m'objectera qu'on n'aura alors pas besoin du prédicat. Certes.
Dans ce cas, on ne m'objectera pas qu'il faut revenir au CO.


3. mais alors l'accord des participes passés ?

Merci Charivari sur ce coup-là d'avoir bien explicité la procédure.

Perso, je n'ai jamais utilisé l'histoire des COD pour accorder, mais je ne savais pas expliquer pourquoi aux élèves parce que j'avais bien intégré la procédure que j'utilisais et je crois que c'est le but : intégrer totalement une règle pour écrire sans faire de faute et sans même penser à cette règle.


4. pouvons-nous nous permettre de tous jouer dans des cours différentes ?

et merci Alice copinaute sur ce coup-là :

continuons à enseigner tous des choses différentes, et venons nous plaindre ensuite que les zouzous ne suivent pas, et que les familles grognent.
Sans compter la jolie image de cohérence et de professionnalisme que ça donne de nous.


5. A l'école, moi je l'ai appris le prédicat.

Il s'appelait groupe verbal et pas prédicat. On soulignait le chef (le verbe) et le reste et on disait "complément du verbe". (j'ai encore un de mes livres de grammaire de CE)
Certes, je suis âgée... j'étais en élémentaire à la fin des années 70 et au début des 80'.

On m'a imposé le COD et ses copains au collège (on calcule ? Milieu des 80 jusqu'aux 90'), et j'avoue que d'un coup, euh, je cherchais l'intérêt, à part me compliquer la vie, sans pour autant m'ouvrir au monde, ni m'enrichir culturellement ni même me nourrir le cerveau.

Et c'est bizarre mais dans les 80'90', on trouvait déjà que l'école n'était plus ce qu'elle était avant... ;-) (je rappelle mon propos ? Je parle du moment où on m'a imposé le  COD...)
"On" trouvait déjà que le niveau baissait :
parce qu'à un moment, on a même empêché le collège de se débarrasser de ses élèves en fin de 5e. parce que tout le monde donc allait en 3e, et "osait demander" à aller en seconde devenue générale !
parce qu'au collège du coup, on se retournait déjà vers la primaire en disant qu'ils n'avaient pas fait leur boulot
et parce que le Front National balbutiait, mais fort, en disant, déjà, qu'avec moins d'immigrés dans les classes, hein, on parlerait mieux français
Ah oui, et parce que, également, on se prenait une grosse crise économique en pleine figure.

Alors oui, on peut simplifier ou, dans les faits, revenir à des programmes plus anciens. On pourrait discuter de l'intérêt de revenir à des choses qu'on a déjà changées maintes fois.

Mais on ne m'objectera pas que simplifier quelque chose, c'est forcément niveler par le bas d'une part, ni que c'était mieux avant pour justifier de ne pas utiliser le prédicat.
Dans ce cas, tous ceux qui sont allés à l'école après moi, et ont appris le COD... ont reçu une éducation moins bonne que la mienne, et d'un niveau moindre. ;-)


Bref, j'enseigne le prédicat. 
Et je le vis bien. 





5 commentaires:

  1. Moi aussi ! ! !
    J'ai râlé, au début, car aucune formation n'a été proposée (et j'attends toujours...) Mais comme, effectivement, on a enseigné le groupe verbal autrefois (encore, en CE1-CE2 ?) cela n'amène aucune complication.
    Donc je continue... :)
    Isac

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. et ça n'enmpêche ni les accords, ni de trier dans le prédicat : verbe, attribut, complément du verbe et compagnie... mais oui un peu de formation aurait été intéressant !

      Supprimer
  2. Coucou, j'ai 47 ans. Donc j'étais en CM1, je crois en 78-79 (ouh ! la vieille, encore plus que toi, t'as vu !). Et j'ai appris le prédicat (pas Groupe verbal, mais bien prédicat, comme fonction du groupe verbal). J'avais un livre que j'ai retrouvé dans le grenier de mon école actuelle (Grammaire pour l'expression de Louis Legrand, 1972 ou version antérieure) et le prédicat y est mentionné. Pour le reste, c'est ce que je crois aussi. La grammaire telle qu'on l'enseigne aujourd'hui est un vieux reste de la nécessité à l'entrée en 6e de faire du grec et donc d'avoir un minimum d'analyse pour choisir la bonne déclinaison. Le renouvellement s'est fait au Québec il y a une dizaine d'années et les "nouvelles" notions en France ressemblent fort à ce qui a été réfléchi en Nouvelle France.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai oublié d'ajouter que je crois que nos cousins québécois sont très attachés à maintenir l'enseignement du Français qui fait une grande part de leur identité.
      Cécilez

      Supprimer